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Les images du monde flottant ou UKIYO-E
Provenant de la collection personnelle d’Huguette Berès, de la Galerie Berès et d’une collection privée européenne.
MARDI 22, MERCREDI 23 ET JEUDI 24 JUIN 2010

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En 1952, la Galerie Huguette Berès a ouvert ses portes 25 quai Voltaire. Elle a depuis lors regorgé de trésors en art moderne, mais aussi en estampes précieuses illustrant le monde raffiné du Japon.
Huguette Berès a su constituer une collection s’articulant autour d’artistes remarquables, grâce à une sensibilité sans pareil ; chaque dessin, chaque tableau, chaque estampe furent des
coups de foudre. Les expositions organisées par la Galerie Berès connurent un succès indéniable : « Portraits d’acteurs du XVIIème au XIXème siècle » en 1953 ; « Utamaro » en 1954 et 1977, qui a donné lieu à l’édition d’un catalogue devenu une référence ; « Hiroshige » en 1955. ; « Art graphique de la Chine » en 1960 ; « Patachan-Jen et Tao Tsi » en 1961 ; « Belles estampes japonaises » en 1966 ; « A closed and floating world japan before Perry » en 1975 à New-York.
Ainsi dés son plus jeune âge, Anisabelle Berès Montanari a bénéficié d’une éducation artistique au contact d’une part, de son père Pierre Berès – grand libraire parisien – mais aussi de celui de sa mère en travaillant à ses côtés. Anisabelle acquit ainsi ce goût unique pour le Beau et le précieux. Un regard qui ne cessa de s’affiner au cours du temps et lui permit de poursuivre cette aventure en succédant à Huguette Berès Quai Voltaire et en ouvrant en 2002 sa propre galerie 35 rue de Beaune, consacrée exclusivement aux estampes japonaises. Une première dispersion de la collection d’Huguette Berès s’est tenue à Paris en novembre 2002 et en novembre 2003 : elle attira les plus grands amateurs et marchands internationaux.
Depuis lors Anisabelle Berès Montanari n’a cessé d’acquérir de superbes épreuves.
Finalement le monde flottant n’est pas si éphémère puisqu’il ne cesse de se perpétuer et de s’ouvrir à des horizons nouveaux comme le propose Pierre Bergé & associés en organisant une vente qui regroupe à la fois la collection personnelle d’Huguette Berès, celle de la galerie Berès, ainsi qu’une collection privée européenne.


Une sélection d’oeuvres sera présentée à la Fondation Pierre Bergé-Yves Saint Laurent du Mardi 18 au Samedi 22 Mai, l’ensemble des collections sera dispersé à Drouot Montaigne du Mardi 22 juin au Jeudi 24 juin, précédé de trois jours d’expositions publiques.

Cette vente est constituée d’un important ensemble d’estampes rares, de livres et de Shunga (estampes érotiques). Parmi les lots les plus remarquables, une estampe représentant le Mont Fuji d’Hokusai estimé 30 000 / 40 000 euros; acteur de kabuki de Sharaku estimé 75 000 / 95 000 euros, portrait Ôkubie de la courtisane Kusagawa estimé 20 000 / 30 000 euros ; livre d’Utamaro estimé 15 000 / 20 000 euros ; Shunga d’Harunobu estimé 2 000 / 3 000 euros ; une jeune femme examinant une pièce de voile d’Utamaro estimé 40 000 / 50 000 euros ; L’amour qui se déclare d’Utamaro estimé 35 000 / 45 000 euros, L’acteur Nakamura Noshio II de Kunimasa estimé 70 000 / 80 000 euros ; Trois tortues d’eau d’Hokusai estimé 18 000 / 20 000 euros ; Lettre d’amour d’Utamaro estimé 20 000 / 30 000 euros ; Le Pont aux huit sections, dans la province Mikawa d’Hokusai estimé 6 000 / 8 000 euros.

Cet ensemble fait écho au mouvement du japonisme, né d’un paradoxe, un art considéré comme populaire et léger au Japon qui est passé d’une véritable mode en Europe à l’un des courants majeurs de l’histoire de la peinture, avec la grande influence qu’ont pu avoir les estampes sur nos plus grands peintres. L’Europe du début du XXème siècle fut fascinée par ces « instants magnifiés », l’introduction de motifs abstraits, de « micro paysage » en soi, l’utilisation d’aplats et de dégradés font de cet art le précurseur de l’art moderne.
Les premiers à apprécier les qualités de ces estampes furent les intellectuels français et des artistes tels que Van Gogh, Gauguin ou Monet qui se définit lui-même comme « un fidèle émule de Hokusai ». Ces chefs de file de l’impressionnisme y trouvèrent l’inspiration formelle et théorique pour certaines de leurs oeuvres les plus novatrices. Le raffinement particulier de
la composition de ces images dessine la réalité d’une puissance expressive extraordinaire. Ces estampes nécessitent une fabrication rigoureuse, dont le processus requiert la collaboration de quatre personnes : artiste-graveur-imprimeur-éditeur.
Le résultat réussit de manière extraordinaire à suspendre l’instant pendant lequel la puissance de la nature se sublime et où le sujet est abordé avec un lyrisme poétique sans pareil. Nous retrouvons une recherche contemplative opposant la vie spirituelle aux difficultés de la vie terrestre.

Ceci semble expliquer l’intérêt majeur des plus grands collectionneurs pour cet art ; ils pourront en apprécier toute la quintessence lors de la vente des 22, 23 et 24 juin prochains à Drouot-Montaigne.


Expert :
Robert G. Sawers - bobsawers@clara.net