Lotn�80
EUGÈNE DELACROIX (CHARENTON SAINT MAURICE 1798-PARIS 1863)
Résultat : 855899 €
Le marchand juif à Alger Toile. Signé en haut à droite Eug. Delacroix. H_38 cm L_46 cm Repentir sur la main droite de la jeune femme juive. Etiquette au revers 1504 ? et 9. Inscription sur le châssis 8050. Provenance : Collection E. Jolly, Auxerre (Le Juif d'Alger) ; Vente Sourigues, 28 février 1881, n° 12, reproduit, acquis par Brame ; Collection Perreau ; Vente Boussod, Valadon et Cie, Paris, Galerie Georges Petit, 6 octobre 1885 ; Collection Duché vers 1887 ; Collection J.D. Warnier, Reims, vers 1933 ; Collection Paul Jamot ; Collection R. Lopez. Expositions : Eugène Delacroix au profit de la souscription destinée à élever dans Paris un monument à sa mémoire, Paris, Ecole Nationale des Beaux-Arts, 1885, n° 33 ; Delacroix au Maroc, Paris, Orangerie, 1933, n° 191 ; La joie de peindre, Paris, Galerie Daber, 1974, n° 9 (Un marchand arabe ; d'après une étiquette au revers). Bibliographie : T. Silvestre, Delacroix, Histoire des artistes vivants. Etudes d'après nature, Paris, 1855, p. 82 (Une juive et un marchand) ; A. Robaut, L'oeuvre complet d'Eugène Delacroix, peintures, dessins, gravures, lithographies, Paris, 1885, n° 1196 (Un marchand arabe) ; L. Rossi Bortolatto, Tout l'oeuvre peint de Delacroix, Paris, 1975, n° 593, reproduit ; L. Johnson, The paintings of Eugène Delacroix, A critical Catalogue, 1832 - 1863, vol. III, Oxford, 1989, n° 365, reproduit vol. IV pl. 180. EUGÈNE DELACROIX (CHARENTON SAINT MAURICE 1798 - PARIS 1863) Contrairement à A. Robaut, qui date le tableau de 1852, L. Johnson le situe plutôt vers 1838 - 1840, considérant par exemple que le jeune garçon italien de droite se réfère plutôt à l'oeuvre de Delacroix de ces années là. De même, il rapproche la jeune femme juive de notre tableau de celle dansant dans les Noces juives au Maroc, vers 1837 - 1841, conservé au Louvre (voir L. Johnson, Op. cité supra, tome III, n° 366, reproduit tome IV, pl. 181). En 1832, Delacroix découvre enfin un Orient qu'il n'avait jusque là que rêvé. C'est à la faveur d'une mission du duc de Mornay, ambassadeur spécial, que le peintre put séjourner de janvier à avril 1832 à Tanger et à Meknès, avec un bref voyage en Espagne. En juin, les membres de cette mission sont de nouveau à Tanger d'où ils prennent définitivement le chemin du retour en France. Deux escales de quelques jours sont faites, une à Oran et l'autre à Alger. L'Orient est une vraie révélation pour Delacroix. Le peintre rapportera de cette mission, un répertoire très intéressant et novateur de sujets qui nourriront son inspiration sur de longues années, ainsi qu'une nouvelle palette de coloris et une autre manière de concevoir la lumière. Sa vision « réaliste », marque une rupture et Baudelaire l'accusera de casser une conception de l'orientalisme qui invitait au rêve. En effet l'Orient de Delacroix apparait non plus comme l'Orient fantasmé coutumier au XIXe siècle, mais comme un Orient bien réel. Le séjour à Alger est de ce point de vue particulièrement fructueux puisque Delacroix fut vraisemblablement un des premiers Européens à avoir pu pénétrer dans le Harem d'un dignitaire turc à Alger, et autorisé durant quatre après midi à dessiner ses femmes. Il en tirera tout d'abord les principales études pour les deux versions des Femmes d'Alger dans leur appartement, dont la première peinte à son retour et exposée au Salon de 1834, est conservée aujourd'hui au Louvre (voir L. Johnson, Op. cité supra, tome III, n° 356, reproduit tome IV, pl. 170). La deuxième version sera réalisée quinze années plus tard, avec de sensibles modifications, et exposée au Salon de 1849. Ce tableau appartient aujourd'hui aux collections du Musée Fabre de Montpellier (voir L. Johnson, Op. cité supra, tome III, n° 382, reproduit tome IV, pl. 171). Cependant la plupart des oeuvres inspirées par ce voyage seront réalisées quelques années après ce séjour à partir des nombreux croquis rapportés par Delacroix. La noce juive fut ainsi peinte en 1839, à partir des dessins que fit Delacroix, alors qu'il avait été convié à une noce juive à Tanger, le 21 février 1832, et qu'il rapportera dans le Magazine pittoresque (L. Johnson, Op. cité supra, tome III, n° 366, reproduit tome IV, pl. 181). Le travail de Delacroix peut aussi être qualifié d'ethnographique, le peintre s'attachant non seulement à une représentation réelle du pittoresque particulier à l'Orient, mais également à chaque détail. Ainsi, notre tableau, mais également Les noces juives citées plus haut, ou bien encore La Juive d'Alger, vraisemblablement de 1852 (L. Johnson, Op. cité supra, tome III, n° 389, reproduit tome IV, pl. 197), constituent des études très minutieuses des moeurs et des costumes, et on peut y remarquer une vraisemblable réutilisation des mêmes études. La femme représentée ici, porte donc le costume traditionnel « Qswa el Qbira », aussi dit grande robe, costume d'apparat de la citadine juive, faisant partie de la dot de la mariée. La couleur en est différente selon les régions. La grande robe est donnée par le père de la future mariée pour être portée le jour du mariage d'abord, et dans d'autres grandes occasions ensuite. Le vêtement féminin est souvent évoqué par les peintres, les auteurs et les photographes étrangers. C'est ainsi que fut représentée sans altération jusqu'au XXe siècle, la tenue d'apparat de la femme mariée, « keswa l-kbira », magnifique ensemble de velours, de soie et d'or, évoquant les fastes de l'opulente Espagne de la Renaissance où ce costume trouve son origine. Les manches de mousseline repliées sur les épaules, la perruque de cheveux de soie recouverte d'une tiare de perles fines, la longue écharpe de soie lamée d'or, confèrent à l'ensemble une grande richesse. Le costume citadin porté exclusivement par les descendants des Juifs expulsés d'Espagne dans des villes comme Alger ou bien du nord du Maroc comme Fès, Tétouan et Tanger, a conservé les caractéristiques de la culture hispanique, avec toutefois quelques influences locales arabes, berbères ou encore issues de l'empire ottoman. Cette tenue se compose de trois éléments dont les noms ont conservé leur origine espagnole : La jupe « Jeltita », le plastron « Punta » et le boléro, complétés par une ceinture de soie lamée d'or « sqalli » et par des manches de mousseline de soie. Il existe une très grande variété dans les modèles de ceintures de mariage, pièces de « brocart » tissées au métier à la tire. Il fallait parfois plus de 6 mois à un artisan chevronné pour en réaliser une seule. La taille est en général de 40 à 70 cm de large et 3 à 6 mètres de long. Les « hzams » servaient tant de pièces d'apparat que de corset aux femmes pendant les cérémonies, durant lesquelles elles étaient souvent astreintes à de longues heures de position assise. La jupe est gansée de fils d'or. Ce travail de broderie fut introduit au Maroc par les Juifs d'Espagne, et se pratiquait surtout à Fès. Des boucles d'oreille, aux formes influencées par l'Afrique noire, complètent l'ornementation. Sa coiffure est reconnaissable parmi toute, en effet, selon la Thora, les femmes sont obligées de se couvrir les cheveux, ainsi la jeune femme juive dépeinte ici, a les cheveux tressés par des brins de laine ou de soie de la couleur de la chevelure retombant dans le dos sous des foulards de soie. Des perles ou des pièces de monnaie sont cousues sur un support retombant sur le front. Cette coiffure se nomme : Sabnia d'Ibhar ou Sabnia Deechouka « Le mouchoir brodé de longues franges qui dansaient tout autour de la tête ». Les couleurs chaudes, de jaune, de rouge et d'orangé sont celles qui plurent tant à Eugène Delacroix, il voulait en retranscrire toutes leurs nuances pour qu'elles dansent sous notre regard. Ici, le jeu des couleurs et des ombres que nous offre Delacroix confère à cette jeune fille toute cette grâce, il en résulte une atmosphère particulière et orientale sublimée. Nous remercions Amélie Sieffert pour sa participation à la rédaction de cette notice, plus particulièrement en ce qui concerne l'histoire des costumes.
Meubles et Objets d'art
date de la vente
Mercredi 15 décembre 2010 à 14h00
lieu de vente
Drouot-Richelieu - Salle 5 & 6 - Paris
Pierre Bergé & associés
EMail :
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Paris +33 (0)1 49 49 90 00Bruxelles + 32 (0)2 504 80 30
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