Lot 22
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GAMBARA (Veronica)

Lettre adressée à l'Arétin. Correggio, 24 août 1533.
Lettre autographe signée “Veronica Gambara C.D.C.” [contessa di Correggio], en italien, ½ page in-folio, trace de cachet et adresse au verso: “Al Magnifico et rarissimo / il Sig. Pietro Aretino / Vinegia.”
De poète à poète: précieuse lettre autographe de Veronica Gambara adressée à l'Arétin.
“S' io non conoscessi la cortesia vostra, virtuosissimo Signor Pietro moi honorando esser grandissima non haveria scritto questa mia, essendo stata tanto tempo ch' io non ho fatto tal officio: et massime non havendo io dato riposta alla vostra, il che non è però stato causato da poco amore, ma sol' p[er] esser il suggetto di quella idioso da parlarne. V.S. è savia, però sopra esso non m'estenderò più oltra, restami solo raccordare a V.S. che tanto son sua, et tanto desiderosa farli serv[i]tio, quanto quella è superiore di virtù à tutti gli altri huomini. La prego a tener memoria di me et quanto più posso mi raccomando.
Da Coreggio alli XXIII di Agosto M.D.XXXIII.
De le vostre Divine virtù affetionatissima.
Veronica Gambara C[ontessa] D[i] C[orreggio].” “Veronica Gambara (1485-1550) est une des premières femmes poétesses de la littérature italienne. [...] En 1509, elle épouse Gilbert X, seigneur de Corregio, qu'elle défendra avec succès contre les ambitions territoriales de Galeotto Pico en 1538. De là, elle maintient d'importantes relations avec les lettrés de son temps: avec Pietro
Bembo, qu'elle connaît depuis 1503, avec Vittoria Colonna, Francesco Molza, l'Arétin et d'autres. Ce dernier, dans un Pronostico de 1534, l'appelle “courtisane couronnée” [...]. Bembo, auquel Veronica, le prenant pour modèle de style, adresse certains de ses poèmes, la tient d'ailleurs en très grande estime” (Massimo Danzi).
Des sonnets par trop luxurieux
La lettre est volontairement évasive. Pour Massimo Danzi, elle témoigne “d'une pratique épistolaire qui, dans la société de cour, favorisait les compliments galants et frôlait parfois le vide communicatif ”, s'inscrivant “dans une culture bâtie autour de cette “civil conversazione”, telle qu'elle se déploie, du Libro del Cortegiano de Castiglione (1528) jusqu'au fameux traité de Stefano Guazzo (1574).”
Ce quasi “vide communicatif” pourrait cependant avoir une autre signification car, comme le souligne
M. Danzi, “la correspondance entre Gambara et l'Arétin atteste un échange continu de textes littéraires.” Or, on sait que le Prince des poètes envoyait volontiers ses Sonnetti lussuriosi à ses connaissances féminines: la pieuse
Veronica Gambara fut-elle affectée par les poèmes de son correspondant Elle justifie son silence par ces mots: “non è però stato causato da poco amore, ma sol' p[er] esser il suggetto di quella idioso da parlarne” (la raison de mon silence n'est pas due au peu d'amour que je vous porte, mais seulement au sujet, très délicat, de votre lettre).
Quel autre sujet délicat justifierait pareille réserve
L'Arétin qualifiera bientôt la poétesse de “sprirituale Veronica Gambara” en raison de son inclination de plus en plus marquée pour les questions religieuses.
On connaît onze lettre adressées par elle à l'Arétin, d'août 1533 à décembre 1537, et sept de l'écrivain à la poétesse. La présente lettre a été éditée pour la première fois en 1759 par Felice Rizzardi (in Rime e lettere di
Veronica Gambara, n° CX).
Superbe pièce autographe, parfaitement conservée.
(Massimo Danzi in La Renaissance italienne. Peintres et poètes dans les collections genevoises, Genève, Skira, 2006, pp. 177-179. L'historien propose la traduction suivante: “Si je ne savais pas que votre courtoisie, très valeureux et honoré sieur Pierre, est très grande, je n'aurais pas écrit cette lettre, étant donné que je n'ai pas écrit depuis tant de temps et que je n'ai pas, jusqu'ici, donné de réponse à la vôtre. La raison de mon silence n'est pas due au peu d'amour que je vous porte, mais seulement au sujet, très délicat, de votre lettre. Votre Seigneurerie est très sage, mais, sur le sujet de la lettre, je ne m'étendrai pas davantage. Il me faut seulement rappeler à votre Seigneurerie que je lui suis dévouée, et très désireuse de lui rendre service, dans la mesure où elle est supérieure à tous les autres hommes. Je vous prie de garder de moi un bon souvenir et, autant qu'il soit en mon pouvoir, je me recommande à vous. De Corrège, le 24 août 1533. A vos divines vertus, très dévouée, Veronica Gambara, C.D.C.”)
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