François de CHATEAUBRIAND

Lot 32
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François de CHATEAUBRIAND

Lettre autographe, Vallée aux Loups 1er novembre 1811, à la duchesse de Duras; 4 pages in-8. Très belle lettre sur MOÏSE. «Vraiment, chère soeur, je ne sais pas ce que ma dernière lettre avait de plus aimable que les autres. Est-ce que je paroissois vous y aimer davantage? Cela peut être puisque l'amitié, dit-on, s'augmente en vieillissant. Je crois sentir que je deviens le meilleur homme de la terre. Je radote un peu; mes cheveux blanchissent, et bientôt on me mènera par le bout du nez où l'on voudra. Mais ce qu'il y a de dur, c'est que j'oublie tout à fait à écrire et ma main tremble si fort que je ne puis plus former mes lettres. Que dites-vous donc d'une tragédie? Ne vous ai-je pas mandé cent fois que j'en ferois une? qu'elle s'appelloit Moyse au mont Sinaï et que j'en avois deux actes complets? J'ajouterai que je crois ces deux actes excellens, me voilà comme Mde de Staël. Enfin il faut bien aussi quelque fois que je me vante. Mais d'ailleurs soyez tranquille. Si ma tragédie n'est pas un chef-d'oeuvre si elle ne me place pas au premier rang je la jetterai au feu sans hésiter, puisqu'après tout ce n'est pas là que j'ai placé ma gloire. Vous voilà rassurée. Au reste j'ai fait des vers vingt ans de ma vie avant d'avoir écrit une ligne de prose ainsi je ne suis pas à mon coup d'essai quant à l' instrument. Mais c'est une terrible oeuvre que celle où il faut faire marcher de front l'intérêt dramatique, les caractères, les passions, et le style. Je ne me doutois pas de la pesanteur de ce fardeau avant d'avoir essayé de le soulever. Dans huit mois d'un travail continuel je n'ai pu mettre debout que deux actes. Nos tragiques modernes vont plus vite en besogne. Vous demanderez à présent comment il y a une tragédie dans Moyse au mont Sinaï? C'est là mon secret que je n'ose hazarder à la poste. Vous verrez cela cet hyver». Il évoque ensuite le projet de société pour sa rente: «Nous pardonnerons donc à M. de L[évis] et nous chercherons ailleurs pour compléter le reste. Je ne doute pas que nous ne parvenions à remplir toutes les actions». Il va partir pour Lonné dans l'Orne. Il termine: «Chère soeur c'est demain le jour des morts; priez pour tous les parens que j'ai perdus comme je prie pour les vôtres. Mille tendresses». (CG II 532)
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