François de CHATEAUBRIAND

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François de CHATEAUBRIAND

2 Lettres autographes, Val de Loup [mai 1810], à la duchesse de Duras; 3 pages in-8 et 3 pages in-4. Belles Lettres à la châtelaine d'Ussé. Val de Loup ce vendredi [4 ou 11 mai 1810]. «J'espère, chère soeur, que vous croyez à présent à la sincérité de mon amitié. Je ne vous ai rien caché des liens et des arrangemens de ma vie. Cela me met le coeur à l'aise, et je puis vous dire des paroles que vous ne soupçonnez point de fausseté, puisque je suis fidèle et loyal envers les autres. Je ne veux point vous dire que je vous regrette, que les mois qui vont s'écouler sans vous voir seront bien longs. Je ne veux au contraire que vous entretenir et m'entretenir d'espérances. La vie a trop de peines réelles sans y joindre encore les inutiles regrets. Je ne suis pas pourtant le plus gai des hommes; mais je commence à en devenir le plus raisonnable. Je cherche surtout le repos dans la vie. Les jeunes matelots aiment les vents et la tempête, mais les vieux esclaves, qui ont ramé longtemps, comme moi, dans une galère, connoissent le prix du beau temps. Tout ce galimatias veut dire, que je veux que ma soeur ne me gronde point, qu'elle compte sur ma sincérité, sur la constance de mon amitié; j'estime et sens trop le prix de celle qu'elle m'a promise pour ne pas la mériter par la force et la durée de la mienne»... (CG II 438) Val de loup, ce 31 mai. «Il faut qu'Ussé soit bien loin, car la réponse de ma soeur a été bien longtemps en route. J'attendois avec impatience le premier mot écrit du Château de la belle Cousine. Je suis désolé de voir que ma soeur est triste. Je ne suis pas gai non plus. J'ai des chagrins de plus d'une espèce. Mes affaires vont très mal, rien ne s'arrange et j'ai devant moi un avenir si troublé et si noir, que je ne sais comment j'échapperai à la catastrophe qui me menace. Mon été, d'une autre part, n'est point fixé. Mes misérables affaires me retiennent à la Vallée. Je suis tracassé de tous côtés. Il n'y a que ma soeur qui soit toujours bonne et aimable. Elle m'a fait rire avec les billets dont se vante Mme de C... [...] J'écris bien mal les billets du matin, et même les Lettres du soir, et je suis certain que mes billets n'étaient point du tout charmants. - Ma soeur se plaint que mes Lettres ne sont point aussi cordiales et franches que ma conversation? [...] Je conviens pourtant que ma position, en me serrant le coeur et en composant ma vie d'une foule de choses contraires, m'ôte cet abandon qui résulte de la liberté d'âme et de la simplicité des attachemens. Dans la conversation, entraîné par la rapide succession des idées on se livre d'avantage à tous ses mouvemens. Mais dans une lettre le temps matériel que l'on met à tracer des mots, permet aux réflexions d'arriver et fait naître des contradictions et des craintes. Ce qui n'est pas obscur pour moi, c'est la tendre et vive amitié que je sens pour ma soeur; c'est la certitude que rien ne pourra jamais détruire dans mon coeur ce sentiment et que j'aurai pour elle toute ma vie cet attachement durable qui naît de l'estime, de la ressemblance des affections et de la noblesse des pensées»... (CG II 441)
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