François de CHATEAUBRIAND

Lot 15
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François de CHATEAUBRIAND

3 Lettres autographes, Vallée-aux-Loups [juin-juillet 1810], à la duchesse de Duras; 8 pages et demie in-4. Très belles Lettres sur la préparation de l'ITINÉRAIRE DE PARIS À JÉRUSALEM. De la Vallée ce 25 juillet [juin]. Il a été passer quelques jours à Méréville [chez Natalie de Noailles]. «Je parierois que ma soeur a fait mille fausses conjectures sur mon silence, qu'elle m'a calomnié en pensées, qu'elle m'a traité bien mal dans son esprit? Elle va être bien honteuse en recevant cette lettre. Elle verra qu'elle s'est trompée, que je suis toujours un frère tendre et dévoué, que je pense toujours à elle et que jamais je ne lui ôterai l'amitié que je lui ai jurée. Je ne suis pas resté aussi longtemps à Méréville que je le désirois parce que mes affaires m'ont rappellé à Paris. Je vais, je crois, enfin mettre l'Itinéraire sous presse et je vais avoir cinq ou six mois d'un travail continu et excessivement fatiguant. Mais aussi après cela je serai débarassé de toute étude et libre d'aller mourir hors de France ou d'y commencer mes grandes recherches sur l'histoire. Il faudra que ma soeur me pardonne si je fais mes Lettres courtes malgré moi. J'ai maintenant un secrétaire qui travaille à mes côtés et que je suis obligé de diriger à chaque instant»... (CG II 445) Val-de-Loup ce lundi 9 [juillet]. «La nécessité de clore mon arrangement [avec le libraire Lenormant pour l'Itinéraire de Paris à Jérusalem] m'a empêché de répondre aussi vite que je l'aurois voulu à mon aimable soeur. Tout est enfin terminé. Lundi prochain 16, on met l'ouvrage à la presse. Je vais être comme un malheureux galérien enchaîné pendant 5 mois à revoir le manuscrit, et corriger des épreuves. La besongne est si mauvaise et si difficile que je suis obligé de prendre un secrétaire et de travailler avec lui 15 ou 16 heures par jour; mais enfin il faut sortir de là. Cet ouvrage imprimé je n'aurai plus rien qui entrave ma vie et je pourrai, selon les temps et ma destinée, ou entreprendre quelque long travail ou abandonner ce pays dont je suis las plus que jamais. Ce seroit un grand bonheur pour moi de causer avec ma soeur de bien des choses. Je suis encore tourmenté de bien des manières, et je vois qu'il faut que je renonce absolument au repos. Je suis né sous quelque méchante étoile dans la saison des vents et au bord de la mer. J'ai désiré toute ma vie le calme et jamais je n'ai pu l'obtenir. Tout finit heureusement dans ce monde; je vieillis et j'arriverai au bout de mon songe tout comme un autre. Voilà le bon de l'affaire. Mais vous, ma soeur, vous êtes heureuse, tranquille. Votre avenir est fait. Vous savez ce que vous deviendrez; vous ne courez pas les risques d'être errante, et sans tranquillité le reste de votre vie. Je radote; je m'apperçois que je fais ici une longue élégie. Ne viendrez-vous pas cet hyver à Paris? [...] Les jours décroissent déjà; le soleil s'en va, et nous aussi. Dans quelques mois l'hiver sera à Paris après quelques mois d'absence. Je m'en console, s'il vous ramène. Je ne compte quitter mon désert qu'au mois de janvier, à l'époque où l'Itinéraire paroîtra. Bonjour chère soeur, croyez toujours que vous avez le frère le plus attaché et le plus dévoué qui soit au monde. Pardon mille fois pardon d'une lettre aussi décousue. Mon coeur est tout à vous mais ma tête est pleine de mille sottises». (CG II 446) Val de loup ce samedi 20 [21 juillet]. «Les Lettres de ma soeur me font toujours un plaisir extrême; elles me délassent d'un travail souvent pénible, à cause des recherches que je suis obligé de faire. Sans cela le travail m'amuseroit assez. Je suis content et j'espère que cet Itinéraire aura le double intérêt d'un voyage et d'une sorte de mémoires de ma vie. Je suis fort triste en l'écrivant, parce que cela me force à me replier sur moi-même, à descendre dans mon coeur, à considérer le passé, et à craindre l'avenir. Un homme qui écrit ses mémoires a fini sa vie; et il n'est plus que le juge et le spectateur de ce qu'il a été. Vous avez cru mal à propos cette fois que toute ma peine tenoit à un sourire. C'est une suite de réflexions très sérieuses que je fais depuis assez longtemps. Quand je vois que malgré tous mes efforts, je n'ai pu à l'âge où je suis acquérir un coeur dont je sois sûr, ni me créer un avenir, ni obtenir le repos de la vie intérieure, ou de la fortune, je me laisse aller malgré moi à la tristesse. Je ne sais très sérieusement ce que je deviendrai, où je finirai mes jours. Les ressources me manqueront tôt ou tard, et comme les liens qui pouvoient autrement me retenir sont à tout moment prêts à se rompre, il faudra que je remette ma vie aux hazards d'une nouvelle destinée». Il évoque ensuite les «prix décennaux qui nous ont fait tant de peur. Mon étoile m'a bien servi. [...] Ils n'ont osé ni m'insulter, ni me couronner, et ce pauvre abbé Delille auquel ils vont accoler Gaston! Il faut qu'il expie les admirables vers de La Pitié. Fontanes et Bonald partagent avec moi l'honneur de l'oubli. Dieu veuille maintenant que les journaux me laissent en paix et n'aillent pas ramener mon nom sur la scène»... (CG II 449)
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