François de CHATEAUBRIAND

Lot 36
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François de CHATEAUBRIAND

2 Lettres autographes, [Paris] 2 et 13 janvier 1812, à la duchesse de Duras; 4 et 3 pages in-8. Belles Lettres sur la rupture avec Natalie de Noailles. 2 janvier 1812. «Je vous assure, chère soeur, que je ne suis point du tout heureux à Paris et que je suis désolé d'avoir quitté ma vallée; d'autant plus qu'on m'a rayé de la liste du jury de sorte que je suis venu inutilement ici un mois plus tôt que je ne l'espérois. Rien n'est plus triste que la vie que je mène. Mille choses me tracassent, m'affligent, me découragent. Pour vous en citer une entre mille, la rue de Cer.. [Natalie de Noailles, qui demeure rue Cerutti] a recommencé ses orages. Hier j'ai reçu un congé en forme, et je l'ai accepté. Car enfin il y a un terme à tout. Je ne sais si je serai rappellé mais ce qu'il y a de certain, c'est que j'en ai par dessus la tête. Le prétexte ou plutôt un des prétextes est l'amitié que j'ai pour vous. Ad[rien de Montmorency] y va beaucoup. Je crois qu'il n'y a rien de très intime, et cela fondé sur les folies que cette femme a dans la tête et qui désormais me paroissent incurables. Mais dans tous les cas je suis consolé et je plains A. de toute mon âme. Vous sentez bien que mes travaux littéraires sont interrompus. Je ne vais rien faire pendant ces trois mois, la chose qui m'auroit le mieux convenu, eût été de passer l'hyver à la Vallée et de venir pour la quinzaine de Pâques à Paris. Mais alors on disoit que je ne venois pas, parce que vous ne veniez pas. Des écueils partout et cela sans bonté et sans tendresse, c'est aussi trop fort. Les arbres sont arrivés. On les plantera aussitôt que la maudite gelée sera finie. Je voudrois bien être dans votre grand château loin de tous les ennuis et de toutes les sottises de ce bas monde, si vous saviez ce que l'on voit, et ce que l'on entend ici! Consolez-vous donc. Bien des personnes ont pris le parti que vous prenez. Il n'y a que moi qui souffre de cette absence. Le temps qui marche, en emportant notre vie, ne peut rien sur des sentimens qui ne sont fondés que sur la confiance entière, l'estime, et tous les rapports du coeur et de l'esprit. Nous nous retrouverons tels que nous sommes en dépit du temps du monde et des événemens». Il est à l'Hôtel de Rome, rue des Capucines: «J'ai été obligé de venir me loger là à cause de mon ami Joubert qui ne veut pas passer les ponts le soir»... (CG II 549) 13 janvier. «Je suis si incertain chère soeur de la manière dont mon hyver s'arrangera, que je ne sais si je dois pleurer ou me réjouir de vos projets. Quel malheur si j'allois me retrouver à la Vallée, à l'instant même où vous viendriez à Paris? C'est cependant ce qui me menace. Je crains bien d'être obligé de rentrer dans mes bois dès le 25 du mois prochain. C'est le maudit jury qui a été la cause de tout cela. Je suis venu trop tôt à Paris, et je suis trop mal dans mes affaires, pour passer le terme des deux mois que je puis être ici sans trop déranger mes finances. Je serois pourtant si heureux de vous voir! J'ai bonne espérance d'aller vous faire une petite visite cet été. Enfin il faut bien s'accrocher à l'espérance pour avoir raison du temps. Toute l'histoire de la rue Cer... [Natalie de Noailles] est la même; on m'a bien rappellé, mais les choses ne sont point changées et ne changeront plus. J'ai rendu tout ce que je possédois et il ne reste pas une trace de ce qui a fait une partie du bonheur et des peines de ma vie. Je crois que j'en serai plus heureux quoique peut-être un peu plus triste. Mais le temps va vite et il m'emportera avec toutes mes futilités et toutes mes folies. Je vois beaucoup vos deux amies l'Adriène et la grande dame [Mme de Montmorency-Laval et Mme de Bérenger]. Elles me parlent de vous et prétendent que je vous aime uniquement. Qu'en pensezvous? Elles viennent aussi chez Mme de Ch[ateaubriand] et je vous assure que l'Adriène est une petite personne aussi drôle et aussi gentille qu'on puisse trouver. Du reste je m'ennuie à la mort, et je n'aspire qu'à retourner à ma Vallée. Vous ne pouvez pas vous faire d'idée de la nullité, de la bassesse et de la boue de Paris»... (CG II 550)
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