François de CHATEAUBRIAND

Lot 38
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François de CHATEAUBRIAND

4 Lettres autographes, février 1812, à la duchesse de Duras; 9 pages et demie in-8 et 3 pages in-4 (lég. mouill. et petit accroc à la 2e). Aspiration à la retraite de la Vallée-aux-Loups, et disputes avec Mme de Duras. 1er février 1812. «Si vous êtes contente, chère soeur, je le suis aussi. Je vois s'avancer avec joie le moment où je vais quitter Paris. Je m'y ennuie à mourir. Je n'ai rien qui m'y attache. Dans l'entière liberté d'âme dont je jouis, je n'aspire qu'à la solitude et au repos. Le reste me fatigue, à mon âge il faut être dans un lieu retiré d'où l'on puisse voir s'envoler les années, et non pas dans un tourbillon où le temps s'enfuit sans que vous puissiez le regarder fuir. La Passion qui a succédé aux autres dans mon coeur, c'est celle de mon jardin: il faut bien quand on est vieux radoter de quelque chose; mes petits arbres font mes délices. Ah! si vous n'aviez pas ce grand château si loin, et que vous habitâssiez une petite maison auprès de moi! Cela seroit bien plus sage pour vous, et bien plus heureux pour votre frère!» Il n'a pas lu Mme du Deffand: «Je ne lis rien du tout. Peu m'importe comme vous m'aimiez pourvu que cela soit beaucoup». Il lui enverra des vers de Moïse «quand ils seront meilleurs. Soyez tranquille. Mais c'est un vin qui doit vieillir avant d'en boire; à présent il est trop jeune. [...] J'aime toujours ma soeur passionnément, et jamais je ne changerai sur ce point». (CG II 551) Jeudi 6 [février]. Mme de Bérenger «est une femme terrible. Elle me fait mille querelles avec vous. Ici pourtant rien que de très simple. [...] Je n'ai jamais montré une seule ligne de votre écriture à Mde de B. Passons à une chose qui m'afflige bien davantage. [...] J'ai donné congé pour cette maison. Mon appartement est loué. Je n'ai plus d'asyle qu'à la Vallée. Il m'est impossible de passer plus de deux mois où je suis il m'en coûte mille francs par mois tout compris, ce qui est le double et presque le triple de ma dépense à la Vallée». Il craint que la venue de la duchesse pour quelques jours n'indispose sa belle-mère, les Noailles «et tout le reste des criailleurs? Ne vaut-il pas mieux arriver sans obstacle l'année prochaine, être aussi longtemps que vous le voudrez à Paris sans qu'on ait le droit de le trouver mauvais, sans être troublée par les mines et les propos de ces gens-là? S'il s'agissoit d'un long séjour à présent il faudroit se moquer des sots et faire ce que l'on voudroit faire, mais nous serions tous les deux obligés d'armer nos ennemis, moi en restant contre tout sens commun, vous en venant, malgré toute l'envieuse sagesse, pour nous voir à peine quelques heures dans le cours d'un mois bientôt écoulé. Voyez chère soeur. Je prêche contre moi, contre le présent pour m'assurer d'un long avenir. [...] vous pouvez déjà me regarder comme dehors de Paris. Je vais retrouver ma solitude avec délices. Je n'aime plus qu'elle et ma soeur»... (CG II 553) Jeudi matin [13 février]. «Chère soeur, vous désespéreriez une amitié moins vive et moins constante que la mienne. Votre lettre d'aujourd'hui m'a fait beaucoup de peine. Elle est injuste, contrainte et peu aimable. Je méritois mieux. Je n'ai point de pain quotidien; je ne reçois de personne au monde de Lettres que j'aime plus à recevoir que les vôtres; je vous aime plus que personne; en un mot, vous vous plaisez très à tort à m'affliger. Je vois que vous écoutez Mde de B[érenger]. Elle vous fera beaucoup de mal. Elle n'est pas assez sûre pour vous et moi. Elle se plaît à tourmenter; et, prévenue comme vous l'êtes, je ne sais comment vous vous y laissez encore prendre. Si je ne puis rien pour vous rendre un peu heureuse, chère soeur, il vaut mieux renoncer à une correspondance qui vous fatigue et qui me désoleroit. Je ne sais que faire pour vous plaire. Vous ne me croyez pas; vous ne m'écoutez pas. Quand je crois avoir mis mon coeur tout entier devant vous, je ne reçois que des choses aigres et sèches en réponse. Je souffrirois tout cela s'il ne s'agissoit que de moi, mais vous vous faites mal; et je ne me pardonne pas d'être la cause involontaire de ce mal. Que dites-vous donc de ma santé? elle est excellente. [...] Vous me découragez en tout. Vous devriez pourtant avoir un peu pitié d'un homme qui a tant été tourmenté dans la vie. Je vous en supplie, défiez-vous de Mde de B... Je vous ai recommandé la paix mais non pas la confiance. Chère soeur, je suis bien triste». (CG II 554) Vendredi 21 [février]. «J'étois si fâché contre votre dernière petite lettre, chère soeur, que je voulois être encore longtemps sans vous écrire, mais je n'ai pu tenir à ma grande colère et je ne saurois cesser d'être la créature la plus foible du monde. J'ai bien démêlé votre mouvement. Vous avez trouvé indigne que je ne voulusse pas vous voir quinze jours à présent pour vous voir six mois sans qu'on ait aucune tracasserie à vous faire, surtout venant au mois d'août. Mais avez-vous une tête comme la mienne? Eh! bien accourez, moquez-vous de tout cela. J'aurai une joie extrême à vous voir. Nous nous promènerons, nous causerons de l'avenir, nous ferons des projets. N'est-ce pas là notre manière à tous deux? délibérer longtemps, voir toutes les faces d'un objet et puis quand le parti est pris aller en avant tête baissée. Arrivez donc chère soeur. Quoi que vous fassiez vous aurez toujours raison avec moi. Mais n'allez pas vous loger chez O. de V. [Olivier de Vérac], car je vous déclare que j'aurois une extrême répugnance à y aller. [...] Mardi 25 je retourne m'établir à la Vallée. J'ai mille choses à régler et je cours du matin au soir. Il faut donc que j'abrège mes tendresses pour vous en envoyer de longues et vives et sincères timbrées d'Antony. C'est aux champs que je veux penser à vous et vous aimer». (CG II 555)
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