François de CHATEAUBRIAND

Lot 41
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François de CHATEAUBRIAND

Lettre autographe, Val de Loup mardi soir 13 [12 mai 1812], à la duchesse de Duras; 4 pages et demie in-4. Très belle et longue lettre sur sa visite à Joséphine à la Malmaison, ses soucis financiers et ses oeuvres, sur sa femme à qui il rend hommage, et sur son projet de Mémoires. «Commençons, chère soeur, par le premier point du sermon. D'abord la visite [à Joséphine]. C'est trop risible et trop bête. Les ennemis, s'ils n'ont que cela, sont bien foibles. La dame visitée, comme vous savez, s'intéressa fort dans l'affaire du Vendredi Saint [il s'agit de l'exécution en 1809 de son cousin Armand de Chateaubriand, dont il avait demandé en vain la grâce à Napoléon]. Elle remit elle-même les Lettres que j'écrivis dans cette occasion à son mari. Je lui devois bien un chétif remercîment, quand l'occasion s'en présenteroit; cette occasion s'est présentée. La dame est environnée de dames qui lui ont parlé de moi et de mon jardin. Elle a dit qu'elle vouloit me donner des magnolias en ajoutant qu'elle ne vouloit les remettre qu'à moi-même. Que faire à cette galanterie? J'ai été, à onze heures du matin, en frac recevoir dans la serre un petit magnolia et remercier d'un service important qu'on avoit voulu me rendre autrefois. Je suis revenu dans ma solitude et tout est fini. "Et ces deux grand débris se consoloient entre eux". 2e point: l'argent. Je ne dois que 15,000 francs. C'est très exact, et ce n'est que la suite de Nicolle [le libraire qui avait fait faillite]. Toutes mes grandes dettes sont éteintes par l'abandon à mon libraire Lenormant de la nouvelle édit[ion] de l'Itinéraire. Elle est tirée à 3,200 exemplaires. J'ai préféré n'avoir aucune part dans cette édition pour en finir. Il est vrai que je ne compte pas les 10,000fcs empruntés pour le rachat de l'Abencerrage, parce qu'ils ne sont remboursables que dans trois ans et qu'étant représenté par le manuscrit racheté et entre mes mains, le manuscrit sera toujours plus que suffisant pour payer cette somme, si je puis le publier, ou pour emprunter la même somme de 10,000 francs, si je suis encore obligé de la garder dans trois ans. Remarquez que les dix mille francs prêtés ne représentoient qu'un quart de la valeur estimée de l'Abencerrage. On l'avoit porté du premier mot à 40,000 francs et on m'avoit avancé sur le champ le quart de la somme. Ce n'étoit pas trop mal vendre une centaine de mauvaises pages. J'ai dit à Adr[ien de Montmorency] de vous expliquer à fond mes affaires. Je n'ai absolument rien de plus à vous apprendre, que ce que je vous dis ici. 16000 francs me tireroient de tout embarras; bien entendu qu'il me faudroit vivre après dans la retraite comme je fais. J'aimerois mieux la fortune, mais je sais fort bien m'en passer, et je l'ai prouvé. J'aime mieux cela qu'un testament qui me feroit riche aux dépens d'une famille étrangère. Vous vous trompez absolument sur le compte de Mde de Ch[ateaubriand]. Elle est pleine de bonnes qualités; mais les affaires la bouleversent tellement que si je voulois la faire mourir, mourir à la lettre, je n'aurois qu'à lui parler des miennes. Je vous dis là la pure vérité. Vous n'avez nulle idée de ce caractère et de cette tête là; il faut l'avoir vû pour le croire. Je puis à volonté lui faire vomir le sang une journée de suite. Beaucoup de maris seroient peut-être bien aise d'avoir une pareille ressource auprès de leurs femmes. Moi je veux bien qu'on m'enterre, mais je ne veux faire mourir personne. Quant aux mémoires, je crois que je commencerai toujours par un volume de l'histoire. Quoi que vous en disiez, il faut se mettre en règle. Je tiens à ce que mon travail de chaque année réponde de la somme avancée dans le cours de cette même année; et cela m'est fort aisé puisqu'il ne s'agit jamais que de 12,000 francs. Voilà j'espère chère soeur des détails, mais ne m'en demandez plus. J'aime mieux vous dire que je vous aime, et remplir mes Lettres de mon attachement pour vous, que de m'occuper de ces insipides affaires. Vos filles sont charmantes je le sais; elles viennent, et je m'en vais». Il a été à Chamarande voir Mme de Talaru. (CG II 564)
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