GÉRARD GAROUSTE (NÉ EN 1946)

Lot 64
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GÉRARD GAROUSTE (NÉ EN 1946)

L'alliance, 1999
Huile sur toile.
Signée en bas à droite.
Titrée et datée sur le chassis.
Oil on canvas.
Signed lower right.
Titled and dated on the frame.
H_81 cm L_65 cm
Provenance:
- Galerie Daniel Templon, Paris
- acquis dans cette galerie par l'actuel propriétaire
- collection privée
Bibliographie: Gérard Garouste, En chemin, reproduit p. 133 âne Depuis la préhistoire, les hommes ont donné aux animaux le pouvoir de nourrir leur imaginaire. Les végétariens ne font pas exception. Humain, divin ou démoniaque selon le contexte et les circonstances, le même animal joue souvent plusieurs rôles. De tous ceux qui apparaissent dans la peinture de Garouste, bouc, chouette, souris, guenon, le plus représenté est l'âne, quadrupède généralement décrit sous ses traits peu flatteurs: La Fontaine le dit borné et têtu, les Egyptiens l'associent au meurtrier d'Osis, les Grecs aux bacchanales dionysiaques, les Romains à Priape.
Aux yeux de Garouste, pourtant, il possède de nombreuses qualités au premier rang desquelles il place la sociabilité: l'âne aime la compagnie des autres. Abandonné à la solitude, il peut mourir d'ennui. Par ailleurs, le chemin des ânes procure à tout homme qui souhaite gravir une montagne la pente la mieux adaptée à l'effort. L'âne est à la fois un véhicule et une métaphore. Dans la mythe Biblique, le mot hébreu lui prête un tropisme élaboré variant des thèmes de la justice et de la sagesse à ceux de la matière et de l'ange. Car l'ange est un animal sensible à la spiritualité et ce, grâce à ses oreilles. L'âne sait écouter.
Alliance et Appel L'existence hébraïque commence avec l'alliance, le Berit. Un thème cher à André Naher qui en développe toutes les harmonies dans son « Essence du prophétisme ». Alliance entre l'homme et Dieu, Alliance qui présuppose que dieu a besoin de l'homme, le sollicite. Les conséquences de cette formulation, dépassent la théologie et mettent en place, pour l'homme, une manière d'être au monde tout à fait particulière.
Alliance et mot Il faut être attentif au titre des tableaux. Ils offrent souvent une direction pour la compréhension.
Ainsi toujours dans ce « domaine auriculaire », je pense à ce tableau intitulé « Alliance » et qui date de 1999. On y voit un âne, un grand ami du lièvre, qui a troqué ses oreilles de chair et de poils pour des oreilles d'acier. Celle d'un instrument chirurgical appelé « maguèn », « protection », utilisé pendant la circoncision [...] coupure qui a précisément le sens de l'Alliance, Berit-Mila en hébreu.
Alliance de la coupure et alliance du mot le mot devenant « mot », de naître de la coupure ! Mot qui nait du vide, de l'espacement, du blanc plus conséquent qui s'inscrit dans la suite ininterrompue de lettres ! ce dont Garouste témoigne dans la mise en espace de ses expositions où « le blanc en assume aussi l'importance », comme disait
Mallarmé. Coupure mais aussi lien, pont qui relie, qui fait passer de l'autre côté, sur l'autre « rive ».
Passage et pont Passage du Yabboq où Jacob devient Israël ! Importance du pont qui parcourt l'oeuvre avec autant d'insistance même si elle semble plus discrète que les oreilles. Pont qui permet de la traverser, de se traverser soi-même, ainsi de se faire pont, expérience que Kafka nous fait partager dans un texte sublime.
Passage d'une rive de soi à une autre rive de soi, devenir, invention et stabilité. A la fois ipse et idem, selon les catégories de Ricoeur. Dialectique complexe d'une identité toujours en mouvement, toujours à la recherche, toujours en quête: Midrach !
En chemin, Gérard Garouste.
« J'étais raide et froid, j'étais un pont, enjambant un abîme; d'un côté il y avait la pointe de mes pieds et de l'autre mes mains et mes dents solidement enfoncés dans l'argile qui se délitait. Les pans de ma redingote flottaient au vent de part et d'autre de mon corps. En bas le torrent à truites grondait.
Aucun touriste ne venait se perdre sur cette hauteur impraticable, le pont n'était même pas marqué sur les cartes. J'étais allongé là et j'attendais; j'étais obligé d'attendre; un pont une fois construit ne peut cesser d'être un pont sous peine de s'effondrer. Une fois, le soir, était-ce le premier, était-ce le millième, je ne sais pas, mes pensées se mirent à danser à la ronde, sans plus s'arrêter - un soir d'été, le torrent grondait de façon plus sombre, j'ai entendu les pas d'un homme. Ils se rapprochaient, se rapprochaient. Tends-toi, pont ! Tiens-toi, poutre sans rambarde, tiens bien celui qui t'est confié, compense insensiblement l'incertitude de ses pas et s'il chancelle, fais-toi reconnaître et, tel un dieu des montagnes, envoie-le sur la terre ferme. Il est arrivé, m'a tapoté de la pointe de sa canne ferrée puis a ramené avec elle les pans de ma redingote; il a fourragé dans mes cheveux de la pointe de sa canne qu'il a laissée longtemps dedans, sans doute regardait-il à la ronde. Puis d'un coup - mes rêves accompagnaient vraisemblablement les siens par-dessus monts et vallons - il m'a sauté dessus à pieds joints. Je sursautai, pris de douleur, totalement ignorant de ce qui se passait. Qui était-ce ?
Un enfant ? Un gymnaste ? Un casse-cou ? Un suicidaire ? Un tentateur ? Un destructeur ? Et je me retournai pour le voir. Pont qui se retourne ! Je ne m'étais pas encore complètement retourné que déjà je tombais, je tombais et me fracassais sur les rochers pointus en contrebas, eux qui m'avaient toujours regardé si paisiblement, émergeant de l'eau bouillonnante. »
Franz Kafka, Cahiers in-octavo (1916-1918), Bibliothèque Rivages
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