Ivan TOURGUÉNIEV.

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Ivan TOURGUÉNIEV.
Dimitri Roudine. Suivi du Journal d'un homme de trop et de Trois
Rencontres. Paris, J. Hetzel, sans date [1863].
In-12 : demi-chagrin vert, dos à quatre nerfs orné de filets dorés et à froid, tranches mouchetées (reliure de l' époque).
Édition originale.
Recueil de trois nouvelles d'Yvan Tourguéniev, traduites en français par lui-même avec Louis
Viardot.
Remarquable envoi autographe signé sur le faux-titre : à Mr Gustave Flaubert témoignage de vive sympat[hie]
Paris 1863. J. Tourguéneff
Bel exemplaire.
Le couteau du relieur a été un peu trop gourmand et les trois dernières lettres du mot "sympathie" ont été coupées.
On joint la première lettre adressée par Gustave Flaubert à Yvan Tourguéniev, le 16 mars 1863 : lettre fameuse rédigée après avoir lu les deux ouvrages que le romancier russe lui avait adressés : DIMITRI ROUDINE ET SCÈNES DE LA VIE RUSSE.
Cher Monsieur Tourguenef
Comme je suis reconnaissant du cadeau que vous m'avez fait ! Je viens de lire vos deux volumes et je ne puis résister au besoin de vous dire que j'en suis ravi.
Depuis longtemps vous êtes pour moi un maître. Mais plus je vous étudie et plus votre talent me tient en ébahissement. J'admire cette manière à la fois véhémente & contenue, cette sympathie qui descend jusqu'aux êtres les plus infi mes & donne une pensée aux paysages. On voit et on rêve.
De même que quand je lis Don Quichotte je voudrais aller à cheval, sur une route blanche de poussière et manger des olives & des oignons crus à l'ombre d'un rocher, vos Scènes de la vie russe me donnent envie d' être secoué en télègue au milieu de champs couverts de neige - en entendant des loups aboyer. Il s'exhale de vos oeuvres un parfum âcre et doux, (une tristesse charmante), qui me pénètre jusqu'au fond de l' âme.
Quel art vous avez ! Quel mélange d'attendrissement, d' ironie, d'observation & de couleur ! - & comme tout cela est combiné ! Comme vous amenez vos effets ! Quelle sûreté de main !
Tout en étant particulier vous êtes général. Que de choses senties par moi, éprouvées, n'ai-je pas retrouvé chez vous (dans les Trois rencontres entre autres, dans Jacques Passinkof, dans le Journal d'un homme de trop, etc., partout !)
Mais ce que l'on n'a pas assez loué, en vous, c'est le coeur, c'est-à-dire une émotion permanente, je ne sais quelle sensibilité profonde & cachée.
J'ai été bien heureux il y a quinze jours de faire votre connaissance & de vous serrer les mains. - C'est ce que je fais de nouveau - plus fortement que jamais - en vous priant de me croire, cher confrère, tout à vous.
Gve Flaubert
Croisset près Rouen. 16 mars.
La lettre porte le cachet de la Collection Viardot : elle fut sans doute offerte par le romancier russe à son traducteur en français Louis Viardot et à sa femme Pauline dont Tourguéniev fut éperdument amoureux.
(Lettre autographe signée sur papier bleu, 3 pages in-8.)
Le "Moscove", comme il le surnommait affectueusement, fut non seulement un ami pour Flaubert, mais aussi un écrivain à son goût, comme il le souligne de manière éclatante dans cette première lettre. Plus tard, il avouera aux
Goncourt : "J'ai lu tous les livres de Tourguéniev. Il a bien du talent cet homme-là ! Ce qui me plaît en lui c'est une distinction et une poésie permanente."
A plusieurs reprises, Flaubert accueillit à Croisset celui que sa nièce regardait comme "le meilleur ami des dernières années" de son oncle. Mais, dans le même temps, il était agacé de l'attitude des Viardot qui, croyait-il, l'empêchaient de le voir : "Le Moscove commence à me dégoûter par sa mollasserie !, écrit-il à sa nièce en septembre 1873 : Je suis sûr qu'il a envie de venir, mais les Viardot l'entraînent ailleurs ; et il n'ose pas affronter leur courroux."
Que Tourguéniev ait offert cette belle lettre de Flaubert aux Viardot rend la provenance d'autant plus piquante.
"Depuis longtemps vous êtes pour moi un maître" (Flaubert à Tourguéniev)
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