André BRETON et Philippe SOUPAULT.

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André BRETON et Philippe SOUPAULT.
Correspondance adressée à Nelly Kaplan. 1954 - 1965.
Réunion de 16 lettres autographes signées et 2 poèmes autographes de 31 pages ½ de divers formats, 11 enveloppes, boîte de demi-maroquin rouge moderne.
Correspondance amoureuse adressée par les auteurs des Champs magnétiques bien des années après leur rupture, à leur égérie commune, la cinéaste et écrivaine Nelly Kaplan (1931-2020) : elle comprend huit lettres de la main d'André Breton ainsi que huit lettres et deux poèmes autographes de Philippe
Soupault.
Née dans une famille juive de Russie établie à Buenos Aires, Nelly Kaplan s'était installée à Paris en 1953. Elle devint peu après l'assistante d'Abel Gance avec lequel elle mit au point le procédé cinématographique Magirama. Cette technique attira l'attention d'André Breton au tout début de l'année 1957 : "Je suppose que c'est pour rire que vous manifestez la crainte de me déranger. J'aime voir votre écriture, j'aime la manière dont vous parlez et je ne fronce pas les sourcils, au contraire, devant les petites hésitations que vous pouvez rencontrer pour écrire dans une langue autre que la vôtre,- du reste toujours avec charme," lui écrit-il le 5 janvier.
Breton lui annonce en même temps sa contribution à l'hommage à Abel Gance et évoque l'Art magique dont il vient de finir "une des pages les plus névralgiques" : "Il s'agissait d'apprécier les réactions nettement défavorables des ethnologues et sociologues à l' idée même d'un art magique."
Leur première rencontre devait avoir lieu le lendemain, jour de la "fête des Reines". Ce fut, selon la jeune cinéaste, le début "d'une éblouissante amitié amoureuse" : "Je ne sais pas par où vous m'avez mené ce matin ; lui écrit Breton le jour même, tout cela s' inscrit étrangement dans un décor que je pourrais croire avoir rêvé : que viennent y faire ces statues qui sont dans tous les livres et que votre présence, votre existence brûlent à mes yeux presque sans laisser de cendre ? [...] Vous savez que je puis à peine soutenir quelques secondes votre regard parce que je m' égare merveilleusement dans vos yeux. [...] Je vois à la dérobée, dans le pur vertige, la courbe splendide de votre corps quand vous marchez à mes côtés, je vois l'esprit passionnant qui l' habite. Je les vénère indistinctement, je me demande ce que vient faire cette fleur exorbitante, totalement enivrante, sur mon chemin..."
Durant les sept mois qui suivirent, Breton lui adressa nombre de lettres passionnées : "Vous voyez, il n'y a aucun doute que vous êtes là dans votre voie, tout à fait engagée et avec l' étoile sur vous là aussi. [...]
N'empêche qu' il y a cette vocation qui vous enlève à moi et que j'aime, parce que c'est la vôtre. Je ne me pardonnerais jamais de l'avoir contrariée en rien. Ce serait d'une absurdité qui me révolte. Je vous veux à tous égards triomphante.
Ne vous méprenez surtout pas sur ce que je dis. Vous perdrais-je que j'aurais tout perdu, renoncerais-je à vous, même par humilité, que je renoncerais du même coup à moi-même, à tout ce qui m'a conditionné à jamais" (19 janvier).
Fin juillet, un pneumatique semble sonner le glas de la passion : "Je pense à cette lampe, soeur de celle au bec d'argent qui glisse sur la Seine et qui s'est posée entre nous ce matin avec une telle gravité. Je vois les protagonistes qu'elle éclairait les aveugler, dont deux qui s' étaient perdus de vue dans la jeunesse et que revoici, sans qu'on puisse rien préciser de leurs relations qui ont à coup sûr été intimes, ne fût-ce que par le regard qu' ils ont eu jadis pour cette lampe au bec d'argent (qu' ils ont alors été seuls à avoir. Je pense à la formule si belle, mais aussi si mystérieuse - qui l'expliquera ? [...] Les voici, disais-je, et aussi les voici comme ramassés, comme recueillis en eux-mêmes par le regard d'un autre, auquel ils accordent la perspicacité et, au besoin, plus de clairvoyance encore. Et la lampe de Lautréamont, c'est donc toi à quoi ils risquent tous autant de se brûler les ailes, puisqu'aussi bien ils en ont encore, sans pouvoir aller jusqu' à s'en vouloir en profondeur de la mettre, cette lampe, au dessus de tout [...]. Situation inextricable... [...] Nelly, mon Amour, je ne veux pas te perdre. Ton sang et ta sève affluent dans mon coeur."
C'est autour de Philippe Soupault que le couple devait se brouiller peu après. Une querelle au café de la Paix, signifia la rupture.
"Je vous aimais, Nelly, avec toute la violence dont je suis capable. Vous aviez entendu parler de cette violence, elle ne vous prenait pas trop à court, c'est peut-être même ce qui vous attirait un peu vers moi. Tant que dans le sens passionnel vous ne lui avez pas refusé tout aliment, vous savez bien que je ne fabulais pas ou plutôt que toute la cime de la fable, c' était VOUS" (30 juillet).
Le matin même de cette lettre, Nelly Kaplan lui avait rapporté sa correspondance "à l'état de confetti" : "Je n'avais pas plus d'yeux pour vous voir ce matin qu' hier à
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