François de CHATEAUBRIAND

Lot 18
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François de CHATEAUBRIAND

3 Lettres autographes, [octobre 1810], à la duchesse de Duras, à Ussé; 3 pages, 1 page et demie (lég. salie) et 3 pages in-4, adresses. Belles Lettres sur l'ITINÉRAIRE DE PARIS À JÉRUSALEM et la crainte d'une interdiction après celle de DE L'ALLEMAGNE de Mme de Staël. Val-de-Loup 6 octobre. «Si ma soeur savoit combien je me reproche de ne lui avoir pas écrit, elle aimeroit mon repentir autant qu'une lettre. Elle auroit aussi bien pitié de moi, si elle voyoit à quelle galère je suis attaché. Je n'ai pas un moment pour respirer; je travaille 15 heures par jour, et l'ouvrage a l'air de ne vouloir pas finir. Cependant je touche à la fin du second volume. Vous verrez cela avant tout le monde. Mais je n'ose et ne puis vous l'envoyer. Je ne sais si on vous a écrit que l'ouvrage de Mde de Staël [De l'Allemagne] étoit arrêté. Vous voudriez avoir une chaumière auprès de votre frère? Combien c'est aimable à vous de penser ainsi! Eh! bien moi je voudrois avoir un château auprès du vôtre. Les vieux châteaux sont excellens quand on y a ce qui plaît; les chaumières ne me tenteroient qu'avec la paix, l'aisance, et autre chose encore; sans quoi elles rappellent trop l'indigence et le malheur. Mais si vous vendez jamais Ussé donnezmoi la préférence pour le voisinage. Vous savez si je le mérite. [...] Je ne sais jusqu'à quelle époque de l'année mon travail me mènera; mais je vois qu'il seroit possible à la rigueur que je fusse à peu près libre à Noël et même plutôt. Cela s'arrange-t-il avec vos projets? [...] Il n'y a encore personne à Paris hors Mde de N. [Noailles] qui a quitté Méréville pour toujours, elle ne compte acheter une chaumière que quand elle aura vendu le château. [...] Bonjour chère soeur. Je voudrois bien demeurer avec vous plus longtemps, mais il faut retourner à l'ouvrage. J'espère aussi que de longues années s'écouleront avant que je barbouille du papier»... (CG II 458) Val-de-Loup vendredi [12 ou 19 octobre]. «Chère soeur, soyez tranquille. [...] Mon Itinéraire va son train. On me laisse tranquille, après avoir eu l'envie un petit moment de me tracasser. Je sais même qu'on est content et que l'on dit que l'ouvrage est françois. Si cela veut dire qu'il respire l'amour de la France, cela est vrai. Tout ce que j'aime, en mettant ma soeur au premier rang, n'est-il pas en France? Mais je vis dans de tels embarras de travail et de position particulière que j'en suis accablé. Je ne quitte pas un moment la plume. Je griffonne tant que le jour dure, et la nuit j'écris à des créanciers, à des libraires &c. [...] Je vous écris sur le papier de l'Itinéraire n'en ayant pas d'autre; c'est l'histoire du livre de Mde de Staël qui a donné lieu aux bruits répandus sur l'Itinéraire»... (CG II 459) Ce 24 [octobre]. «Je serai vraisemblablement avant ma soeur à Paris. Mon projet étoit de demeurer ici jusqu'à Noël, mais mon imprimeur désire que je me rapproche pour la fin de l'édition. Je compte bien quitter ma solitude du 15 au 20 du mois prochain. Je serai logé toutprès de ma soeur, dans la rue des SSts Pères, à l'hôtel où j'ai accoutumé de descendre. Il est trop tard pour songer à trouver un appartement ailleurs. J'espère que ma soeur renoncera au voyage de Bruxelles et qu'une fois arrivée à Paris elle ne voudra plus nous quitter. Je ne sais trop comment toute mon affaire se passera. J'entrevois bien des orages pour moi; et certainement ma position est si mauvaise qu'il faudra absolument que j'en vienne cet hyver à une résolution. L'Itinéraire une fois publié, avec encombres ou sans encombre, il ne me restera plus aucune ressource et je suis résolu à me taire ou pour toujours ou du moins pour un grand nombre d'années; mais alors que faire et comment arranger tout cela? Ma soeur voit que beaucoup de choses agitent ma pauvre cervelle, et il faut pourtant conserver au milieu de cette agitation intérieure assez de calme pour barbouiller des choses qui m'ennuient et pour lesquelles je ne prévois que des malheurs. Qu'importe si ma soeur est toujours bonne pour moi et si je la retrouve aussi aimable cet hyver que je l'ai laissée ce printemps? Je mets à ses pieds mon inviolable et respectueuse tendresse». (CG II 461)
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