François de CHATEAUBRIAND

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François de CHATEAUBRIAND

Lettre autographe, Ce vendredi [3? juillet 1812], à la duchesse de Duras à Ussé; 5 pages et demi in-8, adresse. Belle et longue lettre faisant son portrait moral, et évoquant ses mémoires. «La première lettre de ma soeur étoit bien triste. Heureusement la 2de est moins sombre. Je ne voudrois pas causer la moindre peine à ma soeur, et quand je lui vois un instant de tristesse et que je crois en être la cause je suis désolé. Mais ma soeur qui veut que j'aie des amis, estce qu'on se les donne? Notre caractère peut-il se changer? Je suis au fonds un vrai sauvage et certainement si j'étois libre je vivrois dans la solitude la plus absolue. Toutes les fois qu'on a un goût dominant, on n'est propre qu'à cela. Je sens fort bien que je ne suis qu'une machine à livres. Sans rien exagérer et sans faire de romans, il me faudroit un désert, une bibliothèque et une Miss ou plutôt il m'auroit fallu. Du reste je ne suis propre à rien. Et me prêcher pour faire ceci pour faire cela c'est prêcher un malade ou un fou. Tout s'achète; si j'ai quelques talens et un peu de gloire, les persécutions et les dégoûts font le contre-poids. Au fonds j'aimerois mieux si je le pouvois avoir pour amis quelques-uns de mes pairs. Je déteste et méprise souverainement les gens de lettres, je ne connois pas de plus vile canaille. Les hommes d'un vrai talent exceptés qui sont nobles de droit et pour toujours. Mais irai-je me jetter au cou du premier venu pour obtenir un ami? Sortirai-je de mon apathie, de ma paresse, de mon insouciance, de ma bêtise accoutumée pour devenir un homme du monde et m'en aller visitant le genre humain? Je le voudrois que je ne le pourrois pas; on ne force pas nature. Je pousse l'incurie jusqu'à ne pas répondre aux trois quarts des Lettres d'admiration que je reçois, et je suis sûr que cela me fait une multitude d'ennemis de gens qui seroient mes chevaliers. Mais qu'y faire? Si j'avois ma soeur pour secrétaire, tout s'arrangeroit». Après Hoffman, il va être attaqué «sous une autre forme. Il y a un certain M. Aymé Martin qui m'a pris pour modèle, bien malheureusement pour lui. On va lui tomber sur le corps et à propos de lui tomber sur le chef de l' école; ainsi faites bonne contenance. La rage est à son comble; et c'est la lecture du discours qui a mis le feu partout. Bon jour, chère soeur, venez vite! Combien ce que vous me dites de vos affaires me tourmente?» Quant à Mme de Bérenger, elle a su «se tirer d'affaires comme la mère des Gracques [...] Quelle pitié! Toutes les fois qu'on me parle d'un baptême ou d'un mariage, j'ai envie de pleurer». Quant à son ouvrage d'histoire: «L'histoire n'empêchera [pas] les mémoires. Vous aurez cet hyver un volume de la 1ère et quelques livres des seconds. Les vers m'ont rendu la prose facile. La tragédie [Moïse] est un petit chef-d'oeuvre, richement elle est venue en perfection - n'est-ce pas là la phrase des nourrices?» (CG II 572)
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