François de CHATEAUBRIAND

Lot 26
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François de CHATEAUBRIAND

Lettre autographe, Val de Loup Lundi 28 [29 juillet 1811], à la duchesse de Duras à Ussé; 3 pages et demie in-4. Belle lettre sur les débuts de sa rupture avec Natalie de Noailles, son discours de réception à l'Académie, et ses idées noires d'outre-tombe. Le mariage de son neveu [Louis de Chateaubriand avec Zélie d'Orglandes] est remis au début de septembre... «J'ai ri, chère soeur, du soin que vous prenez de me tranquilliser. Je ne puis vous mettre dans la tête une vérité; c'est que très réellement je ne puis plus prendre d'inquiétude sur la rue de Cer. [Natalie de Noailles habitait l'hôtel de Laborde, rue Cerutti], tout est fini et depuis longtemps. S'il en étoit autrement je vous le dirois, n'ayant aucune raison de vous rien cacher. Je suis assez tranquille sous d'autres rapports; j'entends bien quelques murmures. Mais comme j'ai aussi pris mon parti sur ce sujet [son discours de réception à l'Académie, qu'on voulait le forcer de corriger], je suis persuadé qu'après avoir vu qu'il n'y avoit rien à faire avec moi, on me laissera là, comme un maudit entêté. Depuis que j'ai l'espérance de conserver la Vallée et d'avoir un avenir, je suis plus heureux, et je prendrois volontiers au travail; mais l'été est une mauvaise saison. Il fait trop chaud. Les visites vous dérangent. J'attends donc avec impatience l'automne dont le commencement pourtant sera un peu troublé par le mariage de mon neveu. Mais aussitôt qu'il aura achevé cette grande et commune sottise, je reviendrai m'ensevelir dans mon désert. Il est très probable que j'y passerai l'hyver, surtout si vous ne revenez pas à Paris. Alors je mettrai en train les ouvrages que je médite, et une fois plongé dans les livres, les jours passeront vite. Ces pauvres jours, voilà comme on les pousse! Ne croiroit-on pas qu'ils ne finissent pas, qu'ils dureront toujours? Et pourtant mon front devient chauve; je commence à radoter, j'ennuie les autres; je m'ennuie moimême. La fièvre arrivera, et un beau matin on me portera à Chastenay [cimetière]. Qu'est-ce qui se souviendra de moi? [...] Quelques vieux bouquins que j'aurai laissés et qu'on ne lira plus, exciteront au moment où je disparoîtrai une petite controverse. On dira qu'ils ne valent rien du tout, et qu'ils sont morts avec moi; d'autres soutiendront qu'il y a quelque chose dans ce fatras. On restera là-dessus, on fermera le livre, on ira dîner, danser, pleurer; les frères et les soeurs s'écriront par la poste toutes sortes de choses où je ne serai pour rien. La Vallée sera vendue à un bourgeois de Sceaux qui fera du vin de Surenne où j'ai planté des pins, et voilà l'histoire de tous les hommes. Bon jour chère soeur, je suis tombé dans le noir. Toutes ces idées s'évanouissent en pensant que je vous écris, que vous m'aimez un peu, et que mon attachement pour vous est aussi profond que durable»... (CG II 514)
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