ROMME (Gilbert)

Lot 173
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ROMME (Gilbert)

Manuscrit autographe, [juin 1795]. 3 pages et demie in-8. Notes pour sa défense lors du procès pour son rôle dans l'insurrection de Prairial. [Arrêté avec treize autres députés et emprisonné quelque temps au château du Taureau près de Morlaix, Romme sera condamné à mort avec cinq autres députés. Tous tenteront de se suicider à la fin de l'audience, avant l'échafaud; trois y parviendront. Cette fin des "martyrs de Prairial" marqua fortement l'histoire du mouvement républicain en France.] Romme évoque ici l'insurrection du 1er prairial et laisse entendre qu'il a succombé à une manoeuvre des Thermidoriens pour faire tomber les derniers Montagnards. "A-t-on eu l'intention de profiter d'un grand mouvement pour faire tomber dans le piège des hommes qu'on vouloit perdre, mais qu'on ne pouvoit attaquer directement ? Alors je n'ai rien à dire, je me couvre la tête et me soumet à ma destinée.Dans la mêlée quelques uns sous pretexte de pain demandoient le crime. D'autres pressés par des besoins réels demandoient du pain et un gouvernement constitutionnel. Aux premiers la justice doit repondre par la mort. Aux autres l'humanité ne doit-elle pas tendre une main secourable. C'est contre les premiers que devoit se diriger toute la sévérité du gouvernement. Il falloit aux seconds des paroles de consolation et de paix. Ceux qui comme le tyran thermidorien pensent que la vertu est en minorité sur la terre ne savent gouverner qu'avec les lois de Dracon. La chute du tyran doit assurer à ma patrie l'empire de la justice, de la raison et surtout de cette douce fraternité, de cette morale républicaine qui previent plus surement les crimes que la justice la plus active n'en punit. J'ai parlé le 1er prairial après huit heures d'inertie et de silence au milieu de l'agitation et du désordre et parce que je l'ai cru du devoir d'un representant. J'ai parlé après avoir demandé à chaque fois la parole au Président. J'ai parlé parce que j'ai vu le danger de ma patrie, de la Représentation nat[ion] ale de la liberté et de l'égalité que je chéris plus que la vie. J'ai parlé sans mystère, sans détour, sans autre dessein que de servir la chose publique et la convention. J'ai parlé au milieu des outrages, des menaces, dirigés contre moi dans la mêlée et par un dévouement que j'ai cru, que je crois encore avoir été utile pour calmer l'agitation et le tumulte; imposer silence aux malveillans qui vouloient s'emparer des délibérations faire rentrer la consolation, l'espoir et la confiance dans une foule d'ames ulcérées par le malheur et le besoin. Eteindre peu à peu le mouvement, empêcher que les méchans ne le tournassent à leur profit. Faire évacuer par la confiance le lieu des séances. J'ai demandé ce que la convention elle-même a decreté le matin: la convocation des Sections. Ce qui lui etoit demandé le matin par la Section de Bon conseil: le pain et l'égalité, ce que la convention a décreté elle-même le lendemain. J'ai demandé un recensement des subsistances par les comités civils de Section, avec des formes conservatrices des propriétés. Cet objet faisoit depuis lontems la sollicitude de la convention, de la France entière. Le Président lui-même l'a déclaré aux femmes qui tumultueusement ont demandé du pain. J'ai fait mon devoir. Mon corps est à mes juges. Mon ame restera indépendante et mon dernier soupir sera pour la République, pour ma patrie, pour les malheureux, pour ma femme infortunée, pour ma vertueuse mère. Je crois avoir servi ma patrie. J'ai souffert pour elle par deux mois de détention dans le Calvados à l'epoque du 31 mai et je n'ai jamais recriminé contre cette injustice. J'ai servi la patrie dans mes missions et notamment à l'époque de thermidor alors j'activois la fabrication de l'artillerie pour la marine dans le département de la Dordogne".
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